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Des Bleus (du Blues ?) au Coeur


On le croit de temps en temps en perte de vitesse, en train de s'éteindre. Pourtant, chaque fois il renait.Le BLUES est increvable ! Que les temps soient techno, grunge ou hard-core, le BLUES est toujours là comme au début du siècle. Avec les mêmes douze mesures immuables. Avec les mêmes chansons qui parlent de peines, de souffrances, d'espoirs, de joies. Qu'on le considère comme une musique sacrée ou comme une musique du diable, le BLUES est la musique qui parle au cœur de chacun...

Issu des rives boueuses du Mississipi et de ce Sud profond, le BLUES a longtemps accompagné l'histoire du peuple noir américain. Il a accompagné l'exode urbain vers les grands centres industriels, vers les abattoirs de Chicago, vers les chaînes de montage de Détroit au son de guitares électrifiées annonçant de nouveaux orages.

Quelques soient les circonstances, le BLUES accompagne la vie comme une bande-son traînante ou rapide, enjouée ou pleine de spleen suivant les instants, suivant les humeurs.

C'est ce qui a fait, qui fait et qui fera sa force, son pouvoir d'attraction sur les générations passées, présentes et à venir.

A travers ces pages, vous trouverez ceux qui ont marqué l'histoire de cette musique plus essentielle et plus moderne que jamais.


 

La Musique Du Diable


Si certains bluesmen furent aussi prédicateurs, passant allègrement du profane au sacré, le Blues, en général, n'a jamais fait bon ménage avec la religion. Trop d'histoires de sexe, d'alcool et de ... diable. Longtemps dans le Delta, le Blues a été considéré comme la musique du Malin ! Certaines légendes voulaient que pour posséder l'art de jouer du Blues, il fallait vendre son âme à un "Crossroad" par une nuit sans lune...

La chanson de Robert Johnson("Crossroad Road Blues") et les détails un peu flous de sa courte vie tragique renforcèrent une légende née dans les bouis bouis crasseux aux allures de lupanars, les juke joints, qui bordent les routes du Mississipi. L'étrange regard de l'auteur de "Love In Vain", son irrésistible ascendant sur les femmes (un don qui le perdra !) ou son amitié avec le guitariste Ike Zinnerman (qui affirmait avoir appris le Blues à minuit, assis sur une tombe), devaient donner au personnage un goût de souffre. Le Blues, musique du diable, avait trouvé son héros. Aujourd'hui, son âme damnée rôde encore...
 

Les Origines

On peut affirmer que le Blues est né avec le siècle (le XXième, bien sûr). Pas de disques... Seulement quelques salles de spectacle où ne vient q'un public de couleur. A cette époque, la musique qu'on y chante est composée de chants traditionnels, de ballades folkloriques, musique accompagnée de banjo et de mandoline.
 

Ces Rumeurs Venues du Delta


L'Emancipation proclamée en 1863 par le président Abraham Lincoln donnait la liberté aux populations noires des Etats du Deep South. Les Noirs du Sud Profond étaient donc libres, mais libres de quoi ?

Certains quittèrent effectivement leurs plantations pour aller vers les villes industrielles du Nord comme Chicago, Philadelphie ou encore New York. Mais la majorité resta dans les états du Sud (Mississipi, Arkansas, Louisiane, Texas) à continuer à travailler durement dans les champs de coton ou à la construction des routes et des voies ferrées. Leur liberté était toute relative d'autant que les idéaux sudistes refirent surface à travers, entre autre, ces nouveaux croisés cagoulés du Ku Klux Klan. A l'esclavage avait succédé la ségrégation !

Pourtant leur vie devant moins dure qu'au début du XIXième siècle. Beaucoup se convertirent au christianisme. Ils se retrouvaient dans l'image de ce peuple juif à la recherche de sa "terre promise" dont parle la bible. De plus, les rites du baptême collectif se rapprochait de certaines coutumes religieuses africaines.

Mais ce fut surtout dans la musique que les Noirs trouvèrent un peu de réconfort. Les églises noires fondées au début du XXième siècle accordaient une place prépondérante à la musique. D'autres lieux existaient aussi comme les "camp meetings", rassemblements religieux dans les forêts où pendant plusieurs jours les fidèles reprenaient en choeur des "spirituals". A présent, les grandes fêtes données dans les belles demeures du Deep South étaient animées par des musiciens noirs. C'est à cette époque que commencèrent à retentir les accords syncopés du ragtime et les notes déchirantes des banjos et des guitares...

Mais d'où venait cette musique ? Probablement au lendemain de la guerre de Secession dans le Delta du Mississipi, cette région qui s'étend de Memphis à La Nouvelle-Orléans et du Mississipi à la Yazoo River. Les différents éléments qui constituaient cette musique que l'on allait appeler le BLUES venaient de la fin du XIXième siècle. Ils s'appelaient les "Spirituals", les "Work-Songs", les "Field Hollers".

Les "Work-Songs" (chants de travail) étaient des chants collectifs que les esclaves chantaient sur les plantations de coton ou de tabac pour apaiser leur maux, l'un d'eux lançant une phrase qui était reprise par les autres.

Les "Field Hollers" (cris des champs) étaient des cris solitaires que le cotton-picker adressait à d'autres ouvriers agricoles ou bien encore à un porteur d'eau qui allait d'un champ à un autre.
Cette musique naissante fut aussi inspirée, dans une moindre mesure il est vrai, par des musiques et danses européennes ainsi que par les "Coon Songs" et par le "Ragtime"

Les "Coon Songs" (chansons de nègre, au sens péjoratif du terme) étaient un mélange d'airs populaires, de danses et de spirituals. C'était une musique écrite par des Blancs, supposée être la musique typiquement noire. Au départ, cette musique était interprétée par des Blancs grimés en Noirs et aux seules fins que de caricaturer les esclaves noirs. Mais grâce à ces parodies grossières et infamantes qui tendaient à accréditer l'idée que si le Noir pouvait être sympathique, il était surtout simple d'esprit et fainéant, les "Nigger Minstrels" connurent un énorme succès dans la seconde moitié du XIXième siècle.

Au lendemain de la guerre de Sécession, les Noirs reprirent à leur compte les "recettes" qui avaient valu tant de succès aux chanteurs blancs. Ils se produirent dans les "Medecine Shows", spectacles itinérants, où chanteurs et artistes avaient pour mission d'attirer le plus grand nombre de personnes, de les distraire afin que le camelot puisse leur vendre l'elixir miracle qui les guérirait de tous les maux.

Les "Tent Shows" étaient le même genre de spectacle, constitué de numéros de chanteurs, de jongleurs ou de danseurs, spectacle qui se déplaçait à travers les tats du Deep South. "Tent" show, car le spectacle avait lieu sous un chapiteau.

Ce fut donc à partir de ces différents éléments, qui allaient des Work-Songs aux Medecine Shows, des Fields Hollers aux Tent Shows, en passant par le Ragtime, qui avait été joué au banjo avant de l'être au piano, que le BLUES se structura au début du XXième siècle.

Une musique née de la souffrance de tout un peuple, mais aussi porteuse d'espoir, qui allait exercer une influence décisive sur l'évolution de la musique populaire de ce siècle ...


Le Blues rural


Naît alors le Blues dit "Rural", ou Blues du "Delta" (bande de terre entre le Mississipi et la rivière Yazoo). C'est une musique dure, intimiste, primaire. La guitare prend le pas sur le banjo. Elle est parfois accompagnée du célèbre "washboard" (planche à laver). LeadBelly ainsi que Bessie Smith sont deux des figures emblématiques de ce Blues. Nous sommes alors dans les années 20-30. Le Blues parle des souffrances de la vie, de l'alcool, des catastrophes naturelles qui ravagent le coton...


Le Blues urbain


Va alors se développer un Blues dit "urbain". C'est un Blues plus sophistiqué et les musiciens qui le jouent sont plus proches du milieu du jazz. Ils auront sans conteste une influence majeure sur les guitaristes de jazz. Contrairement au Blues rural, les chanteurs de Blues sont accompagnés d'orchestres complets (basse, piano, batterie, guitare, cuivre). Ce Blues policé, enjoué va éclipser dans les années 40 le Blues rural. Les figures marquantes de ce Blues sont, entre autre, Big Bill Broonzy, T.Bone Walker ou encore Lonnie Johnson.

Le piano a un rôle prépondérant dans ce Blues à travers des styles comme le Ragtime, le BarrelHouse et bien sûr, le Boogie-Woogie.

La Nouvelle Orléans, berceau du jazz, verra apparaître de nombreux pianistes de Blues : Champion Jack Dupree, Professor Longhair, Fats Domino, Big Joe Turner et bien d'autres.


Le Chicago Blues


La Seconde Guerre Mondiale a fait ses ravages. Le Blues urbain est en perte de vitesse. Le Blues rural retrouve un second souffle avec des musiciens comme Lightnin' Hopkins, Sonny Boy Williamson (le deuxième du nom). Le son de ce Blues est différent, car la guitare s'est "électrifiée". A Détroit, John Lee Hooker, à Chicago, Elmore James, Muddy Waters, Howlin' Wolf remplacent le gentil Blues de Lonnie Johnson par un Blues aux sons durs, métalliques, cassants.

Tous les instruments ont leur porte-drapeau : Wiilie Dixon pour la basse, Junior Wells et Big Walter Horton pour l'harmonica, Fred Bellow pour la batterie, Jimmy Rodgers et Louis Meyers pour la guitare, Eddy Boyd et Otis Spann pour le piano...

Ce Blues va préfigurer le Rock'n'Roll des 50's, le Hard Rock des 60's, le Punk des 70's, le Grunge des 90's.

Le Blues se décline alors de plusieurs façons :
    - le Blues des virtuoses de la 6 cordes comme B.B.King...
    - le "West Side Blues" de Buddy Guy, d'Otis Rush,...
    - le Rythm'And'Blues d'Albert King, de Freddy King..

 

 


Le Blues Revival


Mais malgré cette ouverture, le public noir des 60's se désintéresse du Blues au profit de la Soul Music et du Rock And Roll. C'est alors le public blanc qui découvre le Blues.


Le Blues Blanc


L'avenir du Blues est alors pris en main par des musiciens blancs avec, aux États-Unis Mike Bloomfield (avant Canned Heat et Johnny Winter) et en Angleterre, John Mayall et Fleetwood Mack (avant les YardBirds, les Rolling Stones, les Animals).

D'autres, non moins connus comme Jimmi Hendrix, les Doors et Janis Joplin vont emmener le Blues vers des sommets de popularité jamais atteints.

Les Howlin'Wolf, Sonny Boy Williamson, Muddy Waters, John Lee Hooker, sanctifiés par ces chanteurs blancs, profiteront eux aussi de ce succès. Ils enregistreront même avec de jeunes orchestres blancs comme les Canned Heat ou les YardBirds. Mick Jagger raconte que lors d'une séance d'enregistrement en 1964, dans les célèbres studios Chess à Chicago, Muddy Waters en personne l'a aidé à décharger les instruments de son fourgon.


 

 
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